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la recette que Anne-Sophie Pic a choisie pour vous
sur french-paradox.com
Anne-Sophie
Pic
Ce nest pas facile dêtre une femme
dans le monde « tranchant »
de la haute gastronomie française. Mais pour
Anne-Sophie Pic, lune des deux femmes
de France (avec Hélène Darroze) ayant
reçu le prix très convoité
de deux étoiles dans le Guide Michelin, cest
une tradition familiale. Le restaurant dont elle
a hérité de son père à
Valence a été créé par
son arrière-grand-mère Sophie, une
formidable cuisinière.
« Ma grand-mère était originaire
de lArdèche, une région plutôt
sauvage, qui lest encore aujourdhui »,
dit Anne-Sophie. Les chasseurs de la région
sont venus vers elle avec amusement en lui disant :
« tu devrais en faire quelque chose de
cet endroit ». Petit à petit,
sa réputation sest construite, car
elle confectionnait des plats comme des œufs en
neige avec de la praline, ce qui était inhabituel.
« Mon grand-père a grandit dans
la cuisine de mon arrière-grand-mère.
Il monta à Paris pour approfondir ses performances,
chose importante à lépoque et
à lâge de 23 ans il devint saucier,
ce qui était un véritable accomplissement.
Il retourna ensuite prendre en main le restaurant
familial. Jai récemment rencontré
des gens qui se souvenaient de mon arrière-grand-mère
et qui mont raconté quelle supervisait
toujours sont fils dans la cuisine et quelle
le corrigeait dès que quelque chose nallait
pas. Il sest bien gardé de me raconter
ça ! »
Anne-Sophie appartient maintenant à un groupe
très select de femmes qui se qualifient elle-mêmes
« des nouvelles mères cuisinières »,
rien avoir avec les femmes chefs de Lyon qui, durant
les années 1930, empreintèrent des
noms français de cuisinières. Créé
par Hélène Darroze, qui tient un luxueux
restaurant et un bar-tapas à Paris, le club
amène en même temps des femmes qui
suivent les traces de leur famille afin de devenir
chef, directeur de restaurant comme la fille de
Michel Rostang, Caroline, ou des fournisseurs comme
Ariane Daguin qui a convaincu les Américains
de produire du foie gras. Elles se rencontrent afin
déchanger des idées et se supportent
moralement, car ces femmes ont dû souvent
travailler plus dur que les hommes pour être
reconnues et respectées.
Limprégnée
enfance dAnne-Sophie est imprimée de
latmosphère du restaurant de son père.
« Ma chambre était directement
au-dessus des cuisines et je pouvais entendre les
préparatifs du dîner : parfois
mon père perdait patience ! Je devais
passer par la cuisine pour sortir de la maison et
il y avait toujours un immense container décrevisses
fraîches, cétait durant les années
1980 : mon père servait 80 à
100 couverts par repas, ce qui représente
un chiffre incommensurable de repas à ce
jour. Jai toujours mangé une écrevisse
en sortant et une autre en rentrant, juste crue,
sans sauce. Jadorais ça ! ».
Son
père, Jacques, lui a apprit le respect des
ingrédients. « En tant que fille
de restaurateur jétais privilégiée
et je devais goûter à tous les produits.
Les truffes mont laissé une forte impression.
Mon père a fait en sorte que nous apprenions
la valeur dun produit, jadorais le bar
avec du caviar, mais je nen goûtais
pas souvent ».
Il y avait des moments où Anne-Sophie ne pouvait
simaginer avoir le métier de ses parents,
le jour de Noël, surtout, lorsquils devaient
travailler (« Je nai jamais manqué
damour et daffection », fait-elle
remarquer), mais le travail est dans ses veines.
Son père eut les larmes aux yeux lorsquelle
lui apprit quelle voulait devenir chef, peut
avant quil ne décède et à
28 ans elle était en charge des cuisines.
Cétait en 1998 et depuis faire la cuisine
fait partie delle-même.
« La situation était dabord
très compliquée, il fallait que japprenne
et en même temps jétais le patron »
dit-elle. « Les choses ont évoluées
et jai commencé à devenir plus
critique. Je voulais investir mais mon frère
refusait, alors il a ouvert son propre restaurant
et se débrouille très bien. Dans les
deux ou trois ans qui ont suivi, jai vraiment
changé les choses, plus fines, plus raffinées.
La présentation est très importante
pour moi, je veux mettre en valeur le produit sans
létouffer. Je compare mes assiettes
à des peintures ».
Même
si elle a travaillé dans un seul restaurant,
Anne-Sophie ne sait que trop combien la hiérarchie
se passe dans le monde de la cuisine française.
Elle essaie dintroduire des changements, sans
révolution. « Je reste rigoureuse
en terme de présentation de mes tables et
de discipline dans la cuisine. Je ne dirais pas
que je suis déjà arrivée au
but, mais je vise à ce que mon équipe
soit capable de sépanouir sans une
structure stricte ».
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